Relocalisation en France de certaines productions de fruits et légumes
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Vers une souveraineté accrue en fruits et légumes : le rapport du CGAAER explore les défis et les opportunités de la relocalisation en France de certaines productions face au changement climatique et à la raréfaction des ressources.

Rapport de mission de conseil n°24051
Octobre 2024
Enjeux
L'objectif de la France est d'augmenter son taux d'auto-approvisionnement en fruits et légumes, de 5 points d'ici 2030 et de 10 points d'ici 2035, en s'appuyant sur des méthodes de production durable et en reconfigurant les systèmes de production actuels. Face à l’accroissement des tensions climatiques et à la baisse de certaines productions en Espagne, Italie et Maroc, le rapport explore les conditions nécessaires pour renforcer la souveraineté alimentaire française dans les secteurs des fruits et légumes.
Méthodologie
La mission a étudié les impacts climatiques et socio-économiques pour les principales régions productrices (au Maroc, en Espagne et en Italie), et a comparé les stratégies d’adaptation des pays étudiés. Elle a conduit des entretiens avec différents acteurs nationaux : FranceAgrimer, organisations professionnelles agricoles, instituts de recherche (INRAe, CIRAD, CTIFL), entreprises, etc. Elle s’est également appuyée sur le témoignage des conseillers agricoles en poste dans ces trois pays.
Résumé
Bien que le changement climatique mette sous tension leurs ressources en eau, les principaux pays concurrents de la France dans la production de fruits et légumes – le Maroc, l’Espagne et l’Italie – n’envisagent pas de réduction significative de leurs volumes de production. Ces pays ont engagé des stratégies d’adaptation, notamment en matière de gestion de l’eau. Ils misent sur plusieurs leviers : des investissements conséquents dans les technologies de dessalement d’eau de mer (qui permettent d'augmenter les réserves disponibles pour l’agriculture), et des initiatives visant à moderniser les systèmes d’irrigation, à optimiser la consommation d’eau grâce à des méthodes comme l'irrigation au goutte-à-goutte et à développer le recyclage des eaux usées.
Le rapport souligne que certaines cultures comme l’olivier, l’amande ou encore les agrumes, pourraient être relocalisées en France, notamment dans le Sud, à condition de viser un marché de niche à haute valeur ajoutée. Ces opportunités, limitées mais stratégiques, pourraient permettre à la France, d’une part, de se positionner sur des segments de produits premium, en tirant parti de labels de qualité et d’une meilleure visibilité de l’ « Origine France » et, d’autre part, d’offrir aux agriculteurs d’intéressants compléments de revenu.
Le rapport formule plusieurs recommandations stratégiques pour accompagner cette relocalisation et renforcer la résilience de la filière fruits et légumes :
- Afin d’anticiper les impacts du changement climatique dans les bassins de production français et chez nos concurrents étrangers, soutenir des projets de collecte et d’analyse de données satellitaires, ainsi que des systèmes de simulation et de modélisation,
- Le renforcement du dialogue entre l’État et les collectivités territoriales, très en amont, permettrait une harmonisation des outils d’intervention pour les investissements dans la filière fruits et légumes,
- Optimiser l’efficience des financements de la recherche, notamment dans des domaines insuffisamment explorés (compréhension des marchés, prospective ou attentes des consommateurs) par une meilleure coordination entre l’État, les Régions, les acteurs privés, les grands groupes, le CTIFL, et les professionnels de l’amont et de l’aval,
- Accroître la part de consommation de produits « Origine France » en renforçant la transparence de l’affichage sur l’origine et la lutte contre la fraude,
- L’État doit initier et décliner des « Plans eau », analogues à celui présenté en 2024 en Occitanie, sur des territoires fragilisés par le changement climatique. Construites dans le consensus, ces démarches sont nécessaires pour les filières agricoles, au premier rang desquelles les filières fruits et légumes,
- Inciter la profession à évaluer la performance des organisations collectives en matière de fruits et légumes chez ses principaux partenaires et concurrents : Espagne, Italie, Pays-Bas.